14 août 2019

Vers 2030, le Québec comptera plus de personnes âgées que de personnes ayant moins de 20 ans, ce qui ouvre la voie à une forte croissance des ménages multigénérationnels au pays. Selon Statistique Canada, ce type de ménage a augmenté de 37,5 % entre 2001 et 2016. La cohabitation intergénérationnelle présente des avantages considérables. Notamment, cette mixité enrichit le tissu social des municipalités et contribue au dynamisme des quartiers.

Vivre avec ses grands-parents

Les habitations multigénérationnelles, composées de deux logements plus ou moins indépendants, permettent aux familles de cohabiter avec leurs proches parents. Elles constituent une alternative aux maisons de retraite tout en facilitant l’accès à la propriété à de jeunes familles. En forte croissance au pays, les ménages multigénérationnels regroupent 2,2 millions de personnes, soit 6,3 % de la population canadienne. Cette augmentation est liée à celle de la proportion de familles autochtones et immigrantes au sein de la population canadienne. En effet, ces familles sont plus susceptibles de partager leur foyer avec les grands-parents.

Au Québec, ce type d’habitation est officiellement autorisé depuis 1998 à la suite de la modification de la Loi de l’aménagement et de l’urbanisme. Dans les villes-centres, les plex multigénérationnels familiaux sont de plus en plus populaires. Cette proximité résidentielle facilite les solidarités familiales, car il est plus facile d’aider ses parents vieillissants ou ses enfants adultes lorsque l’on habite à proximité.

La solidarité intergénérationnelle au quotidien

La cohabitation intergénérationnelle n’est pas l’apanage des familles. Le logement partagé contribue lui aussi à la lutte contre l’isolement des aînés en offrant à ces derniers la possibilité d’héberger un jeune, souvent étudiant. Une solution gagnant-gagnant : les jeunes accèdent à un logement à moindre coût et apprennent de la sagesse des anciens, tandis que les aînés obtiennent un complément de revenu, de la compagnie et une présence rassurante. Ainsi, cette pratique pallie le manque de structures d’accueil pour les personnes âgées et l’offre de logements étudiants.

Ce type de cohabitation est bien souvent porté par des organismes du milieu communautaire. Ces organismes sélectionnent rigoureusement les candidats, créent des jumelages en fonction des affinités et assurent un suivi. Pionnières dans ce domaine, les Habitations partagées du Saguenay existent depuis 1987. Aujourd’hui, plusieurs programmes similaires existent à Gatineau, Montréal ou Sorel-Tracy. On compte également quelques coopératives d’habitations intergénérationnelles, à Montréal, Québec et même en Gaspésie. L’objectif y est simple : combler le fossé artificiel qui sépare les générations et recréer des solidarités naturelles afin de remédier au problème d’isolement. Ainsi, les personnes âgées peuvent vivre confortablement dans leur propre logement grâce à un esprit d’entraide et à un voisinage bienveillant.

Désenclaver les résidences pour briser l’isolement

Dans la Belle Province, des initiatives originales ont été mises en place dans certaines résidences pour aînés. À Québec, dans l’arrondissement de Charlesbourg, un centre d’hébergement et un CPE sont abrités sous le même toit. Ainsi, petits et grands se fréquentent tout simplement en traversant le hall d’entrée qui les sépare et les rapproche à la fois. À Verdun et à Chambly, on trouve des garderies intégrées à des CHSLD. Cette cohabitation donne l’occasion à ces générations, habituellement si éloignées, de se côtoyer au quotidien.

À Trois-Rivières, la résidence Les Marronniers héberge gratuitement deux étudiantes en échange de 40 heures de bénévolat auprès de ses résidents chaque mois. Cette expérience, en vogue en Europe, est encore rare au Québec. Les bienfaits sont pourtant flagrants : certains espaces communs du bâtiment, auparavant moins fréquentés, connaissent une revitalisation soudaine, les résidents prenant de nouveau plaisir à sortir de leur chambre. La transmission intergénérationnelle s’exerce alors dans les deux sens.

D’autres initiatives existent ailleurs au Canada : à Saskatoon, une classe de sixième année a été aménagée dans un centre de soins de longue durée; les universités de Moncton, au Nouveau-Brunswick, et de Waterloo, en Ontario, abritent au cœur de leur campus des établissements de soins de longue durée.

La cohabitation intergénérationnelle représente un véritable projet de société sur lequel les pouvoirs publics doivent se pencher. Aussi variée soit-elle, elle brise les préjugés et transforme les mentalités. Ses effets sur la communauté se font ressentir sur le long terme. À quand une véritable politique intergénérationnelle au Québec ?

Ce texte est le résumé d’un article paru dans le magazine Municipalité + Famille de l’automne 2018 du Carrefour action municipale et famille, un organisme à but non lucratif engagé dans la promotion, la mise en oeuvre, l’accompagnement et le suivi des politiques familiales municipales.

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3 commentaires

3 réponses à “Quand les générations cohabitent”

  1. Je vis ,actuellement, avec mon fils et c’est très agréable. Le jour il travail mais le soir j’ai une présence précieuse avec moi.Nous avons, au début, établie quelques règles pour nous faciliter le vivre ensemble. COmme le paiement du loyer, etc…Nous nous sommes entendu que s’il déménage dans son propre logement, moi j’irai vivre dans une maison de retraite autonome.Mais pour le moment ça roule comme sur des roulettes.

  2. Nous venons malheureusement de terminer cette expérience de maison bigénération avec notre fille, son conjoint et ses enfants. Ce fut une très belle expéreince que nous aurions aimé poursuivre plusieurs autres annéés. Malheureusement la séparation du couple vient entâcher cette expérience. Un conseil précieux: AVANT d’investir financièrement dans un tel projet de construction demander aux propriétaires de la maison de SIGNER une entente en ce qui concerne le remboursement de leur investissement en cas de séparation ou de divorce lors de la vente de leur maison.

  3. Si mes jeunes se ramasserais j’aurais opter pour cette forme d’habitation. Malheureusement ce ne sera pas pour toute suite car j’ai vraiment beaucoup de difficulter à vivre dans le désordre et difficile de dire à nos jeunes de se ramasser. Je veux passer du temps agréable avec eux et non à leur demander de se ramasser. Dommage j’aimerais vraiment ça.

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